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« Septembre est là…

« Septembre est là…

La vente de Peyrelebade est une immense douleur pour Odilon. Ni ses frères, ni sa mère n’ont essayé de préserver le domaine familial.
Il s’installe à Saint-Georges-de-Didonne avec sa femme Camille et son fils Arï.
Et contre toute attente, ce déchirement affectif et la rupture avec sa famille vont l’affranchir, et le libérer de ces « attaches invisibles »…
La vie à St-Georges dans la villa Goya contribue à son élévation personnelle, spirituelle et artistique.
Odilon Redon est définitivement un peintre de la lumière…


« Septembre est là. Le soleil chauffe le dos d’Odilon et de Camille, assis à la terrasse d’un restaurant, devant la mer, à Saint-Georges-de-Didonne. Ils ont terminé leur repas et se laissent entraîner dans la rêverie par le bruit des vagues qui frappent le rivage avec la régularité d’une pendule. Le vent fait parfois tourbillonner les grains de sable qui dansent et s’amassent le long des trottoirs. Arï joue sur la plage avec d’autres enfants. Il porte un de ces costumes marins à la mode dont il a ôté le haut pour ne pas le salir.
Odilon contemple les flots agités de petites dents d’écume bouillonnante, le drapeau indiquant la marée qui flotte mollement dans le vent, les barques tirées sur le sable, leurs couleurs vives et leurs filets entassés. Une odeur d’algues qui chauffent leur parvient de temps à autre, portée par le vent.
Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Camille resserre autour de ses épaules le foulard jaune vif avec lequel Odilon a fait son portrait. C’est un pastel dont il est fier. Camille l’y fixe droit dans les yeux. Elle a quelques fleurs dans ses cheveux tirés et porte sa quarantaine avec grâce. Son écharpe jaune dissimule son cou et sa poitrine, ainsi que la robe bleue aux motifs japonisants. Le fond est neutre. Camille n’est pas une femme attirée par le songe.

L'écharpe jaune (portrait de Camille Redon) 1899


Il a réussi à représenter ce qu’il aime en elle, sa force et sa douceur, l’essence de son être ancré dans le monde.
Demain, Ils retournent à Paris. C’est la rentrée des classes. Ils ont passé quelques semaine devant l’Océan après avoir quitté Peyrelebade
La villa qu’ils ont louée pour passer la fin de l’été était tout à fit agréable. Odilon y a trouvé le repos dont il avait besoin après les presque cinq mois passés dans les maison de son enfance.

Peyrelebade (1897)


Camille a fait installer un atelier dans une petite pièce vitrée à l’étage de la villa Goa qu’Odilon surnomme « Goya » en l’honneur du maître espagnol. C’est là qu’il a tracé son portrait à l’étole jaune.

La villa Goa à Saint-Georges-de-Didonne


Par les vitres, il voyait les pins agiter leurs sommets verts. En se penchant un peu, il pouvait apercevoir le bougainvillier somptueux qui grimpe sur le mur clôturant le jardinet.
Arï aime la villa Goya. Il le leur a dit. Au bord e la plage il s’est facilement trouvé des compagnons de jeu. Avec son père, il s’est mis au tennis. Odilon pensait n’y arriver jamais, mais en quelques jours, il avait appris aussi vite que son fils, malgré son âge. Leur professeur l’avait congratulé.

Arï Redon


Odilon en est le premier surpris : le quotidien dans la villa lui a ôté le poids de la tristesse. Il n’est pas impatient de retourner à Paris, mais il n’en est pas mécontent. Quelque chose a définitivement changé en lui. Il ne sait pas encore quoi. Il a conclu un cycle. Dorénavant il va se consacrer à la peinture, l’huile, et peut-être même l’aquarelle avec laquelle il a commencé à expérimenter des effets de transparences et de matières. L’avenir lui paraît incroyablement clair. La sérénité qu’il ressent, il va la partager, il le sait. Le temps de l’épanouissement est arrivé. »


« L’été suivant,(…) ils repartent plus tôt que prévu pour Saint-Georges-de-Didonne. La villa Goya devient pour Odilon le havre dont il rêve quand il est à Paris. L’idée de racheter une maison dans le Médoc ne l’effleure plus que très rarement. »


« Comme tous les après-midi d’été à la villa Goya, Odilon s’est enfermé dans son atelier. Il a tiré tous les volets sauf un, dont l’entrebâillement laisse passer juste ce qu’il faut de lumière. Il entend Camille bavarder avec Paule Gobillard qui est venue passer quelques semaines avec eux. Les deux femmes s’entendent si bien que c’est bonheur de les voir toutes deux ensemble. »


Portrait de Paule Gobillard par Odilon Redon


« Paule est joyeuse et énergique. Depuis que sa sœur Jeannie et sa cousine Julie se sont mariées, elle s’est remise à peindre et à voyager. Elle entraîne Arï à la plage, et Camille dans l’arrière pays pour visiter les châteaux. Parfois elle s’installe auprès d’Odilon pour peindre. Elle est bien la seule personne au monde autorisée à ce partage d’atelier. »


Portrait de Stéphane Mallarmé et Paule Gobillard

(1)
« Aux heures chaudes, Arï est près de lui, silencieux, occupé par de nombreuses activités qu’il délaisse une à une pour les reprendre bientôt.(…) Il savoure alors l’instant, ces instants d’été où Arï à douze, treize, quinze ans… et reste auprès de lui. Puis il revient à son travail , un homme drapé jusqu’à la taille qui tient au-dessus de lui une couronne de laurier sur un fond d’azur et d’ocre. »


Extrait de Odilon Redon Les Attaches Invisibles de Alexandra STRAUSS – Édition Télémaque.





(1) Mallarmé et Redon font connaissance en 1885 par l’intermédiaire de Huysmans. Leur amitié est fondée sur une admiration réciproque et une vision partagée des buts de l’art et de la poésie. « Vous agitez dans nos silences le plumage du rêve et de la nuit, écrit Mallarmé à Redon. Tout me fascine et d’abord qu’il soit issu de vos seuls songes. » Et c’est à Redon qu’il demande d’illustrer l’édition originale de son ultime poème, Jamais un coup de dé n’abolira le hasard. C’est à St-Georges-de-Didonne qu’il apprend la mort du poète en 1898.


“Nous sommes tenus à certains lieux par des attaches invisibles qui sont comme des organes pour l’homme créateur.”

Odilon Redon, À soi-même.


Résumé du livre
« Prince des rêves », Odilon Redon trace un chemin à part dans le monde de la peinture.
Précurseur discret, il traverse les tragédies d’un monde qui s’abîme. Les métamorphoses de son univers ont séduit les plus grands : Corot, Fantin-Latour, Gauguin, Bonnard…
Pourtant il est ailleurs et seules certaines amitiés précieuses, comme la fraternité qui le lie au poète Stéphane Mallarmé, lui permettent d’accepter sa singularité. Le mystère de son inspiration le place à la marge mais les symbolistes, les expressionnistes ou les surréalistes l’admirent et sont fascinés par son imaginaire onirique.
Jamais l’essence de sa vie intime ni ses doutes obsédants n’avaient été évoqués. Dans ce deuxième roman (après ‘Les démons de Jérôme Bosch’), Alexandra Strauss, monteuse de films, dévoile la trame d’une existence émouvante et insaisissable.



www.editionstelemaque.com


Éric Picard

 

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